Alors, à l'origine je voulais faire un post en deux parties, un truc sympa, genre feuilleton... Avec un avant et un après, faire monter la tension, mais non. Ça craint, parce que je suis sûr que j'aurais pu faire un truc assez cool, permettre à vous lecteurs de vivre une expérience avec moi. Mais non, j'ai pas su le faire à temps et puis il fait trop chaud pour oser penser à faire du grand reportage, je ne suis pas Albert Londres, flûte !
Tout commence (comme dans les histoires sympas) par une promesse faite le soir de mon anniversaire : "Honey Bun, malheureusement on ne peut pas coucher ce soir, mais tu auras cette partie de ton cadeau d'anniversaire plus tard, for sure !" Un nouveau rendez-vous avec Little Red Riding Hood devait donc être pris, après quelque textos, des conversations MSN très drôles et bien polissonnes, on s'est dit qu'on allait se revoir pour sûr et que par la même occasion, nous coucherions ensemble. Dans ma tête et ce depuis mon retour sur le marché, l'usage du préservatif était donc une évidence, mais LRRH m'a proposé le plus courtoisement du monde de nous en passer si nous faisions chacun un dépistage. What a girl !
Je crois qu'à l'instant même j'ai cherché le centre de dépistage anonyme et gratuit le plus proche de chez moi (merci Google et Sida Info Service) et qui me convenait surtout le mieux : le plus facile pour les horaires des consultations. J'appelle le lendemain matin et prends un rendez-vous, la dame au téléphone est très gentille, elle a un ton rassurant et surtout, elle insiste bien sur le côté anonyme. Pas que je m'en préoccupe vraiment en fait (j'ai un compte Facebook), mais c'est vrai que dans un monde de paperasses, cet anonymat est très sécurisant.
[Je pense d'un coup, que certaines personnes subissent chaque jour le regard horriblement dur de la société sur leur maladie et me dit que même si il faut être honnête avec son entourage quand on est séropositif, le simple fait de faire un test pour se rassurer, pour savoir ou pour infirmer ses craintes, il faut que cette étape reste personnelle. Non, lecteur, lectrice, ne me juge pas gnan-gnan, réfléchi un instant à la précarité salariale et à l'hypocrisie envers les travailleurs séropositifs.]
Le rendez vous aura lieu le lundi suivant à 11 heures du matin, on ne me demande que mon prénom et on me remercie. Tout fier de moi (c'est pas mon premier test, souvent je le demande à mon généraliste quand j'ai des analyses de sang à faire et on ne me l'a jamais refusé) et dans l'attente de partie de jambes en l'air, je compte les jours avant le test.
Lundi matin 11h03, je suis enfin arrivé devant le secrétariat du CDAG (c'est pas très bien indiqué dans les couloirs), je m'annonce et m'aperçois que je suis environ le sixième dans la fille d'attente. Avec moi, un couple de post-ados, un gars qui partage mon goût des cravates, une bande de copines, certainement des lycéennes (elles ont leurs cartables à leurs pieds). Ma poche vibre, un texto de LRRH : "Dépistage effectué mon cher." Plus tard je lui répondrai que moi aussi, que je n'ai pas eu mal et que les gens étaient très attentionnés. Mais bon, pour l'instant la queue avance, les lycéennes sont en fait un groupe de soutien pour une copine qui attend ses résultats (en retard), la jeune fille panique un peu et j'ai de la peine pour elle. Je regarde le jeune couple qui attend et je les imagine quand ils auront les résultats plus tard dans la semaine. Vont-ils attendre de rentrer ou vont-ils s'aimer sur le parking ? Et le mec à côte de moi, c'est quoi son histoire, est-ce que lui aussi il veut comme moi, tenter sa chance avec une fille extra-ordinaire ? Je n'en saurai rien. Nos regards se frôlent mais personnes ne se sourit, nous sommes anonymes et seuls...
Je suis le suivant, j'entre et le questionnaire commence : prénom, date de naissance, dernier rapport, dernier test VIH, dernier test d'hépatite C... Je ne m'en souviens plus pour ce dernier. Vie sexuelle récente, consommation de drogues et historique médical. Mes derniers rapports étaient protégés (étudiante infirmière), je ne suis que fumeur. Bref, elle me donne un papier avec des lettres qui correspondent à ce qui sera écrit sur les tubes et dans son cahier : ATTV. Je dois garder ce papier et revenir avec pour chercher mes résultats sinon on ne me donnera rien. Anonymat oblige. Après deux tubes (VIH et hépatite donc), je prends rendez-vous pour les résultats : jeudi après 15 heures.
Le jeudi, après deux jours d'interrogation, j'attends mes résultats. Je revois l'infirmière qui m'a piqué et elle me fait rentré dans une salle d'examen. Là, elle me demande mon papier et n'arrive pas à se relire, après un instant elle me communique mes résultats : double négatif ! I PASSED ! Bon j'avais peu de doutes, toutefois, on n'est jamais à l'abri d'un coup du sort. Je suis allez retrouvé le copain avec qui j'étais allé chercher les résultats, au cas où... Pour ne pas me sentir seul pour pouvoir partager mon bonheur d'une promesse. J'envoie la nouvelle à LRRH et reçoit une réponse bien plus tard, elle n'aura les résultats que le lendemain matin. Le lendemain 10h13, texto : "Guess who just aced hiv and hepatitis test ? I believe I deserve sex, lots of it even." Elle a bien raison.
On avait préalablement parler des gens qui faisait le test : moi qui imaginait les gens venant en pour pouvoir s'aimer plus librement, elle qui me rappelait la bêtise des ados et des gens en général, argumentant que c'était certainement des idiots venus se rassurer après des rapports non-protégés. Et je pense qu'elle a raison, parce qu'en y repensant, dans cette salle d'attente, j'étais le seul à sourire parce que j'allais faire l'amour.
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